ITECO.be


Marie-Agnès de Staercke a pris sa retraite

Après 35 ans de loyaux services à ITECO. Michel Elias dresse son portrait

Je garde un souvenir très précis de mon arrivée à ITECO en 1978. J’avais été recruté par Albert Lorent, le secrétaire général de l’époque, comme animateur mi-temps pour les formations « de base ».

ITECO à ce moment là était installé provisoirement dans les locaux des Pères du Saint Sacrement, 201 chaussée de Wavre. Locaux assez sinistres et exigus, façade néo-gothique en briques sombres. Pour moi qui rentrais d’Afrique, c’était un cadre assez déprimant. Maire-Agnès et moi partagions un étroit bureau suspendu sur une mezzanine au-dessus d’une salle de réunion chichement éclairée par une fenêtre donnant sur une cour sans soleil.

Albert Lorent, la barbiche en bataille, manageait la petite équipe en tenant les rênes serrées. C’était un chef qui n’aimait pas rencontrer d’obstacles ; il prenait les décisions, savait où il voulait en venir, avait toujours un objectif « plus loin » qu’on ne décelait pas toujours. Pris entre les ONG flamandes (très cathos à l’époque) et ses bailleurs de fonds incontournables (Entraide et fraternité, les Mutualités chrétiennes) il manœuvrait serré pour faire d’ITECO une ONG plus indépendante de ceux qu’il appelait les « boys scouts », et surtout plus ancrée dans les réalités d’ici et avec une vision résolument sociopolitique.

Jacques Liesenborghs était à l’époque le président d’un CA qui soutenait à fond la vision d’Albert, et il y avait aussi toute une équipe de bénévoles militants qui apportaient pas mal d’énergie : Berthe Hansenne, Xavier Godts, Pierre Liesse... De ma mezzanine j’ai assisté à la création du premier périodique d’ITECO qu’ils avaient décidé d’intituler Peuples et libérations. Tout un programme. Colette Sauval en avait la charge et manageait aussi un centre de documentation lié à la publication.

Marie-Agrès dans tout cela était la bonne fée du clavier. Non content de taper le courrier d’Albert, elle assurait toute la frappe de Peuples et libérations et les rapports des multiples réunion. Elle faisait mille choses qui facilitaient la vie de chacun sans qu’on le lui ait demandé, comme ramasser et laver les tasses sales, coudre des rideaux pour les fenêtres, amener un gâteau maison fait de petits beurre...

Elle m’a surtout beaucoup aidée dans mes premiers pas à ITECO, en apportant un vrai rayon de soleil dans ces murs austères. Elle était déjà telle qu’on l’a toujours connue, l’optimisme incarné, l’énergie tranquille, le soutien au quotidien. Je ne sais pas d’où elle tient ce tempérament solaire. Comme si elle était issue du mariage d’un bon petit soldat et d’une cantinière chantante. (En fait elle est la fille d’un médecin bruxellois, le Dr Vangehuchten). Je sais que rentrant avec son mari, Pierre de Staercke, de Tunisie après plusieurs années de coopération dans ce pays, elle a cherché à s’engager bénévolement dans une ONG de coopération.

Nous avons eu beaucoup de chance qu’elle tombe sur nous et qu’elle ne se laisse pas rebuter par la façade en papier de verre d’Albert Lorent ! Elle a tenu le coup a travers toutes les aventures d’ITECO jusqu’en 2010 ! Faut le faire. Elle a connu deux déménagements : la rue du Boulet, puis la rue Renkin, et je ne sais plus combien de secrétaires généraux... Toujours fidèle au poste, accomplissant les routines indispensables, humbles et essentielles qui permettent aux institutions de durer. Et tout cela avec en plus une énergie joyeuse qui fait toute la différence.

Je souhaite à ITECO de survivre sans elle et à Marie-Agnès de trouver sur sa route toutes les fleurs qu’elle mérite.