17 avril 2008 2008

17 avril, Journéé mondiale des luttes paysannes

Eldorado dos Carajas n’a rien en commun avec l’Eldorado mythique qui poussait les conquistadors espagnols à la course aux trésors du Nouveau Monde. Les faits qui s’y sont déroulés le 17 avril 1996 sont bien trop réels, bien trop violents. Mais le mythe rejoint la réalité dans le sens où ce qui a permis à certains de cumuler des richesses inimaginables a fait la misère de beaucoup d’autres. Pire, comme dans beaucoup d’endroits du Sud, cela a tourné au massacre pour des paysans, affamés de justice. Au Nord dans les pays dits riches, suite à des politiques agricoles inadaptées et des prix bas en dessous des coûts de production pratiqués ces dernières années, les paysans disparaissent au profit de structures et exploitations toujours plus grandes. En commémoration de ce massacre, la Via Campesina, mouvement paysan mondial a décrété le 17 avril comme journée mondiale des luttes paysannes.

Le 17 avril 1996, près de 2 mille paysans sans terre manifestent pacifiquement pour le droit d’accès à la terre à Eldorado dos Carajas, ville de taille moyenne dans l’Etat de Para au nord du Brésil. Ils ne revendiquent que le droit de pouvoir travailler un lopin de terre pour nourrir leurs familles. Brusquement, c’est l’horreur : 19 personnes sont assassinées par la police militaire, 70 gravement blessées. C’est ainsi qu’Eldorado dos Carajas est devenu un des tristes symboles de la violence dans les campagnes du Brésil. Plus de 1.600 personnes y ont été tuées depuis 1980.

Ailleurs dans le monde, le nombre de conflits pour l’accès à la terre augmente de jour en jour. Les besoins des populations se trouvent confrontés de manière de plus en plus brutale à l’omnipotence des marchés mondiaux. La division du travail entre grands propriétaires terriens, héritiers des oligarchies nationales des pays du Sud, et certaines transnationales mondiales résidant pour la plupart dans le nord, qui contrôlent les marchés financiers, est ici clairement établie. Les premiers cultivent uniquement ce qui paie le plus chez les autres. Les besoins de base des populations concernées ne sont simplement pas pris en considération. Les prix des denrées de base s’envolent en conséquence et l’alimentation devient inaccessible. Aujourd’hui le riz en Equateur ou aux Philippines, le maïs au Mexique ou en Haïti et le mil au Burkina Faso, sont devenus impayables pour les gens qui ont moins de 2 euros pour vivre par jour. Paradoxalement ce sont souvent les paysans de ces régions qui sont les plus touchés. Pourquoi ?

Ce processus de libéralisation prôné par les grandes instances internationales et suivi par l’Union européenne et ensuite par les Etats, a fait flamber les prix des matières premières alimentaires chez les consommateurs de 50% à 200% selon les denrées et régions (54% pour le riz selon la Banque Mondiale). Les paysans et leur bétail subissent également la crise de plein fouet. La production des aliments pour le bétail n’est pas épargnée. En Belgique, selon une étude de la Fugea, le prix de la luzerne a augmenté de 95%, celui du soja OGM de 85%, et celui du soja non-OGM (contrôlé) de 92% selon des données de septembre 2006 à avril 2008.

Cette crise était prévisible. Elle n’en est donc pas une car depuis des décennies les politiques et l’économie mondiale favorisent la libéralisation au lieu de prôner la régulation des marchés (gestion de l’offre et de la demande au niveau régional et des Etats) comme nous le préconisons. Les marchés agricoles sont volatiles et ne peuvent être « gérés » par la seule loi du marché « globalisé ». C’est un mythe !

Pointons la culture des agrocarburants. « La fabrication de biocarburants est aujourd’hui un crime contre l’humanité ». s’exclame Jean Ziegler. L’ex-rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, accuse les pays développés d’être responsables de l’importante inflation qui touche les denrées alimentaires. L’objectif d’intégration de 10% d’agrocarburants en 2020, fixé par la Commission européenne, est trop élevé par rapport à la production alimentaire et la démographie galopante. Les cultures d’agrocarburants détournent l’agriculture de sa vocation première et accaparent des terres fertiles et les forêts équatoriales. Sur les marchés de l’économie néolibérale, seule la satisfaction de la demande solvable importe. Alors, priorité aux réservoirs des 4X4 et non aux estomacs !

« Nous avons vécu une pauvreté inimaginable, des horreurs et des souffrances incroyables, le désespoir et la résistance puis le silence. » s’exclament Chen Guidi et Wu Chuntao dans le livre « China : A Survey of Chinese Peasants ». Dans l’arrière-pays des mégalopoles chinoises florissantes, 900 millions de paysans et travailleurs migrants, soit 60% de la population chinoise, vivent dans une misère effroyable. La faim tue aujourd’hui plusieurs milliers de personnes par jour. Dans un silence presque total, dans l’indifférence et la désinformation générale.

A l’occasion de la journée des Luttes paysannes, le leader indien PV Rajagopal était en visite à Ath et Bruxelles. Il a pu visiter des fermes paysannes en Wallonie ; il a constaté la résistance du paysannat wallon face à la conjoncture. Il s’est exclamé en public en faveur d’une résistance pacifique et non violente des gens de la rue par, entre autres, la consommation de produits paysans locaux et sains, l’arrêt de la surconsommation, du gaspillage de l’énergie et des denrées alimentaires, l‘arrêt du leurre des agrocarburants, l’arrêt des OGM, l’application de la solidarité entre les peuples, pour une répartition équitable des biens ainsi que pour une régulation publique des marchés agricoles pour aider les plus faibles et les plus démunis.

Via Campesina

Movimento dos trabalhadores rurais sem terra do Brasil