10 décembre 2010 2010

Amélioration francophone en matière de lecture : 9,8/20 au lieu de 9,5/20

L’Appel pour une école démocratique s’inquiète de la satisfaction affichée par les autorités belges francophones après la publication des résultats de Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves, ensemble d’études de l’OCDE visant à mesurer les performances des systèmes éducatifs des pays membres de l’Organisation du commerce et du développement) en 2009.

Que représente une hausse de 14 points en lecture, sur une échelle dont la moyenne vaut 500 et l’écart type 100 points ? Convertie en évaluation scolaire traditionnelle, cela correspond au passage de 9,5 sur 20 à 9,8 sur 20. Pas vraiment de quoi pavoiser, surtout quand la note en mathématique chute de 10 à 9,8 et celle en science de 9,7 à 9,6. Prétendre tirer des enseignements généraux à partir d’un glissement d’une dizaine de points sur une seule échelle Pisa est aussi vain que de prétendre évaluer un élève au dixième de point sur une échelle de 0 à 20.

Il est d’ailleurs parfaitement possible que l’augmentation de 14 points traduise une plus grande habitude des élèves face à ce type de tests (désormais omniprésents dans notre enseignement) et non une réelle amélioration de leurs compétences.

L’Aped n’approuve pas pour autant la porte parole du MR qui se focalise sur notre mauvais classement. Pisa ne mesure que les compétences de base dans les domaines chers à l’OCDE, ceux qui conditionnent la flexibilité des travailleurs dans la « nouvelle économie ». Ces moyennes ne disent rien sur les autres savoirs et compétences, parfois de plus haut niveau, qui n’intéressent pas les marchés du travail mais qui sont essentiels dans l’optique d’une école émancipatrice et porteuse de citoyenneté critique.

Pour l’Aped, les scores moyen et leur classement international sont la leçon la moins intéressante que l’on puisse tirer des enquêtes Pisa. Beaucoup plus importants, sur le plan politique, et plus significatifs, sur le plan scientifique, sont les écarts entre élèves d’un même pays.

Dans ce domaine, c’est toujours la même catastrophe, que nous dénoncions déjà il y a neuf ans. Nous restons le système éducatif où les performances des élèves sont le plus étroitement liées à leur origine. La ségrégation sociale et académique des élèves, engendrée par notre marché scolaire et par une orientation trop précoce, sont la cause majeure de cette inégalité. Nous affichons d’ailleurs le plus grand écart de performance entre les écoles « fortes » et les écoles « faibles ».

Le gouvernement tente de profiter des scores Pisa en lecture pour redorer son blason. Il voudrait faire oublier les programmes illisibles et incohérents, le manque d’encadrement dans les premières années d’école, l’appauvrissement constant du corps enseignant et des établissements. Et surtout la peur de s’attaquer sérieusement aux vrais tabous : marché scolaire, réseaux, filières. L’école francophone belge reste le système de reproduction des inégalités sociales le plus efficace qui soit au monde.

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