26 mai 2006 2006

Barça ou « barzakh » (Barcelone ou l’enfer), leitmotiv des emigrés sénégalais

...Ces temps-ci, ils se sont beaucoup retrouvés pour parler de la rareté du poisson, des problèmes de la pêche qui nourrit de moins en moins son homme. Mais, aujourd’hui, ils sont préoccupés par le départ en cascade vers l’Espagne de leurs progénitures, à bord de pirogues que naguère ils empruntaient pour chercher du poisson, le véritable gagne-pain que les habitants de Thiaroye-sur-mer ont connu jusqu’ici et qu’ils se sont évertués à se transmettre de père et fils.

Entouré de plusieurs chefs de famille, E. M. Niang, un des notables de Thiaroye-sur-mer, confirme que les populations sont découragées de ce que la pêche n’apporte “ plus rien ” aux pêcheurs traditionnels qui n’ont que leurs filets et matériels rudimentaires à opposer aux instruments modernes des grands bateaux occidentaux et asiatiques qui “ raflent tout ” et ne laissent derrière eux que “ des déchets ”.

“ Mes enfants, raconte-t-il, me disent : papa, nous n’avons pas de travail, la pêche ne nous rapporte plus rien. Il n’y a pas d’usines où l’on peut aller chercher un boulot ; notre seule solution c’est d’aller à l’étranger pour voir le bout du tunnel ”.

La chaîne de profession de pêcheur de père en fils semble s’être ainsi brisée avec la rareté du poisson, d’où la résolution des jeunes de ne plus aller sous la mer, mais de voguer au-dessus pour aller chercher le gagne-pain en Europe. Pour eux, l’Europe, c’est d’abord l’Espagne ou plutôt Barcelone qu’ils désignent si familièrement “ Barça ”.

L’envie, la force et la résolution d’aller en Catalogne sont telles que les jeunes de Thiaroye-sur-mer comparent ce voyage à bord de pirogues où ils sont entassés par dizaines, à un tout ou rien. Ce qui se résume ainsi dans leur langage de désespérés : “ Barça ou “ barzakh ” (l’enfer). À la question de savoir pourquoi lui et les autres notables du village ne retiennent pas leurs enfants qui semblent aller vers la mort certaine quand ils comptent atteindre l’Espagne à bord de frêles esquifs, E. M. Niang lance, la mort dans l’âme : “ comment voulez-vous, face à cette situation de dénuement total, que l’on retienne nos enfants ? Ils sont adultes. J’ai, par exemple, des enfants qui se sont mariés et ont même 3 à 4 enfants avec leurs épouses. Ils doivent vivre et souhaitent ne plus dépendre des maigres sous que je gagne difficilement ”...

Extrait duquotidien sénégalais Le Soleil .