8 avril 2009 2009

L’Amazonie et la crise lors du Forum social mondial

La neuvième édition du Forum social mondial a été célébrée à Belem, au Brésil, en février 2009, dans un climat d’euphorie, impliquant la présence de plus de 100 mille activistes venus des quatre coins du monde. L’élimination des paradis fiscaux, l’application de taxes aux flux majeurs, la lutte pour l’accès à la terre, le changement climatique, la diversité culturelle et ethnique, la souveraineté alimentaire, la remise de la dette, la réforme des organismes financiers internationaux, du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, l’éducation en tant que droit et non comme une marchandise, ont été quelques-uns des axes autour desquels se sont articulées les 2400 activités prévues.

La majorité des thèmes ont été évoqués dès la naissance du Forum en 2001. Avec le temps, ceux-ci se sont vus amplifiés, affinés et gagnant du soutien parmi des organisations de la société civile, formant ainsi un programme global de propositions alternatives, afin qu’« un autre monde soit possible ».

De plus, ce Forum est le premier qui se tient après l’éclatement de la crise financière, et de nombreuses critiques et des propositions qui ont été défendues au Forum Social Mondial, non seulement sont réaffirmées aujourd’hui, mais elles sont plus que tout nécessaires. « Aucun pays qui se soit développé économiquement durant les dernières décennies n’a adopté les règles de base du nouveau libéralisme, comme le libre marché » affirme avec force l’économiste Paul Cooney. La régulation des marchés financiers et la subordination des intérêts économiques à la politique et aux nécessités sociales, situant les personnes au centre au lieu du capital, sont les revendications traditionnelles du Forum social mondial. L’échec du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale dans leur démarche d’assurer la stabilité financière internationale et dans leurs politiques d’ajustement structurel mises en place dans de nombreux pays du Sud est aujourd’hui très évident et a un coût social élevé. C’est pourquoi, comme il a été exposé à l’Assemblée des mouvements sociaux, il est très important de protéger les secteurs les plus pauvres de la société des conséquences de cette crise. Mais il est également nécessaire d’« aller à la racine des problèmes et d’avancer vers des constructions alternatives ». Cette crise peut être une opportunité pour fonder une nouvelle économie basée sur les principes de justice économique, de durabilité écologique, de bien-être social, d’équité de genres et de démocratie participative.

La conservation de l’Amazonie a elle aussi été un des thèmes importants durant le Forum social mondial. Lors de la planification du Forum, en 2007, l’élection de la ville de Belem comme siège du Forum a été motivée par l’objectif d’aborder les graves problèmes auxquels les indigènes qui vivent dans cette zone sont confrontés. La Panamazonie héberge la plus importante biodiversité du monde, et est également la jungle vierge la plus grande au monde. C’est pourquoi la défense de l’Amazonie, en ce qu’elle est une source de vie et de patrimoine de l’humanité, a été un autre des piliers du Forum. Des questions telles que le changement climatique, les modèles énergétiques, la souveraineté alimentaire, la lutte pour la terre, ont été abordées. Pour conclure, il a été relevé que l’articulation entre les mouvements indigènes, les « quilombos » [1], et les habitants des régions polaires - ceux qu’on appelle les peuples premiers - est d’une importance capitale afin d’avancer dans la lutte pour les droits qui leur sont niés, comme les droits à la terre, à la santé, à l’éducation, entre autres.

Ce Forum a également été marqué par la présence des présidents du Brésil, Bolivie, Venezuela, Paraguay et Equateur, qui ont participé à une table ronde. Ces derniers se sont tous accordés pour désigner le néolibéralisme comme responsable de la crise mondiale. Ils ont déclaré la fin de la dictature du marché et ont mis en évidence la nécessité de chercher une sortie commune à la crise pour les pays latino-américains. Cette rencontre confraternelle a été caractérisée par ce que ces chefs d’Etat partagent plus que par ce qui les différencie, ayant tous accédé au pouvoir par une voie démocratique, résultant de leur lutte au sein de mouvements sociaux, ce qui leur permet de se sentir très proches et de ne pas oublier leurs revendications populaires. « Qui aurait imaginé il y a quelques années qu’un évêque de l’église catholique, lié à la théologie de la libération, irait jusqu’à devenir le président du Paraguay, ou qu’un indien parviendrait à la présidence de la Bolivie ou qu’un tourneur mécanique deviendrait le président du Brésil ? Ce qui nous importe, c’est ce qui nous unit, et non ce qui nous différentie » a affirmé Lula durant le Forum. Et, dans ce sens, la crise est une opportunité unique pour avancer dans des projets d’intégration dans cette région. L’éducation comme transgression et comme construction de citoyenneté a également eu une place importante dans le Forum, avec la célébration du Forum mondial de l’éducation les jours précédant le début du Forum social mondial. « Nous devons penser à une éducation engagée vis-à-vis des besoins humains, une éducation créative, capable de transgresser l’ordre social injuste, capable de contribuer à la construction d’alternatives » a affirmé Marina da Silva, une femme qui a ému l’audience en racontant comment elle a appris à lire à l’âge de 16 ans et comment elle est aujourd’hui ministre de l’environnement, au sein du gouvernement de Lula da Silva.

Le Forum est né avec l’objectif de créer un espace de rencontre qui favorise la construction internationale d’alternatives à la pensée unique néolibérale. La variété et la multiplicité d’initiatives ont été l’un de ses traits identitaires. Depuis lors, le débat est toujours ouvert entre ceux qui proposent que le Forum se définisse et qu’il lance une proposition politique concrète qui serve à des actions globales, face à ceux qui voudraient maintenir l’idée d’origine, celle du Forum comme un espace pour créer de la conscience et générer des réseaux.

Manuela Mesa, directrice de Ceipaz-Fundación Cultura de paz à Madrid

Traduction d’Antonia de la Fuente

[1A l’origine, les quilombos étaient des communautés rurales noires formées par des descendants d’esclaves fugitifs ayant trouvé refuge dans des zones rurales éloignées. A l’heure actuelle, des milliers des quilombos sont confrontés à la menace de perdre leur terre et luttent pour la reconnaissance du droit à récupérer celle qui leur revient