11 juin 2010 2010

Le Congo, de A à Z, où l’okapi cotoie l’ONU

Ce guide [1], sous forme d’abécédaire, propose au lecteur de découvrir le Congo à travers, je cite, « ses communautés humaines, ses conflits armés et leurs conséquences, sa culture, son économie, son histoire, ses lieux et ses richesses naturelles, ses relations extérieures, sa vie politique, sa vie quotidienne et sociale »… Autant d’entrées pour aborder depuis la lettre « A » qui débute par « Abacost », le fameux costume sans cravate imposé par Mobutu en 1974 pour marquer une rupture avec le passé colonial, jusqu’à la lettre « Z » dont le dernier mot n’est pas, comme on aurait pu s’y attendre, « Zaïre » (terme qui a désigné à la fois le pays, le fleuve et la monnaie de 1971 à 1997) mais « Zambie », dont les auteurs remarquent non sans une pointe humour que, « excepté la contrebande de minerais congolais, la Zambie est le voisin qui cause le moins de soucis à Kinshasa ».

Pour rendre compte d’un pays dont la population dépasse largement 60 millions d’habitants s’exprimant, outre le français, dans 400 langues réparties sur l’ensemble du territoire vaste comme un peu plus de 76 fois la Belgique, il a fallu que Marie France Cros et François Misser ajustent minutieusement « le poids des mots » choisis sans devoir y ajouter "le choc des photos" qui n’étaient pas de mises dans un tel ouvrage. Ainsi, par exemple, pour la lettre « O », l’« Okapi », cette espèce menacée mi-zèbre, mi-girafe, côtoie l’« ONU » dont la présence au Congo est d’autant plus fragilisée que son bilan est maigre, compte tenu de son coût jugé exorbitant par ses détracteurs de plus en plus nombreux. Vient ensuite s’ajouter le mot "Or", qui excite bien des convoitises car les réserves sont estimées à plus de 30 milliards de dollars dans une des zones les plus instables, la province Orientale, sous la coupe des rebelles de la Lord Resistance Army en provenance d’« Ouganda », l’ancien allié de feu Laurent Désiré Kabila. Malgré la normalisation des relations entre les deux états depuis la fin officielle des hostilités en 2003, les exactions des rebelles sur les populations congolaises de cette région frontalière n’ont pas cessé pour autant…

Des lettres auxquelles les mots et les concepts qui s’y accrochent ne font pas toujours bon ménage avec la vérité officielle selon des points de vue parfois opposés de la RDC et de la Belgique lorsqu’il s’agit d’évoquer, par exemple, à travers la lettre « L », des personnalités historiques telles que « Léopold II » ou « Lumumba »…

Au total, 123 entrées permettent au lecteur de se familiariser avec le plus grand des états francophones du continent qui fêtera le 30 juin 2010 le Cinquantenaire de son indépendance, avant que son jeune Président Joseph Kabila se décide à opérer les mutations politiques et économiques qui s’imposent pour engager le Congo sur la voie d’une démocratie participative à laquelle les populations aspirent depuis tant d’années.

Au plan culturel, j’aurais personnellement rajouté une joyeuse entrée à la lettre « B », pour rappeler au lecteur qu’une des richesses artistiques du Congo est la « Bande dessinée ». En effet, la créativité dans le domaine de la BD apparaît ici comme un phénomène unique en Afrique, avec plus d’une centaine d’illustrateurs, bédéistes et caricaturistes de presse, simplement à Kinshasa, sans compter tous ceux qui exercent leurs talents encore méconnus à Lubumbashi, Bukavu, Kisangani, ou qui ont dû émigrer à Bruxelles ou à Paris pour être reconnus professionnellement. On ne peut que souhaiter à la BD la réussite exceptionnelle obtenue par sa grande sœur, la rumba congolaise de Wendo, Franco, Tabuley, Papa Wemba, Pépé Kallé et de tous les autres grands musiciens dont le dynamisme n’a jamais cessé d’inspirer de nouveaux groupes partis à leur tour à la conquête d’un succès planétaire.

Ce guide que je recommande chaleureusement offre des réponses claires à la plupart des questions que l’on peut se poser sur le Congo, tout en réglant leur compte à un certain nombre d’idées reçues. D’autre part, comme je le signalais plus haut, à propos de l’absence de documents iconographiques dans le livre proprement dit, cette absence est largement compensée dans le prolongement du guide sur le site de la collection. On peut en effet y trouver, en complément de chacune des entrées, des photos, des vidéos et des illustrations sonores, ainsi qu’un bon millier de liens supplémentaires permettant de se familiariser avec, pour parodier Woody Allen, « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Congo sans jamais oser le demander ».

Alain Brezault, extrait d’Africultures

Les auteurs :
Marie-France Cros est journaliste au quotidien La Libre Belgique où elle est en charge, depuis plus de dix ans, de la rubrique Afrique.
François Misser est correspondant à Bruxelles de BBC-Afrique et collabore à plusieurs journaux et publications traitant de l’actualité africaine.

[1Le Congo de A à Z, par Marie-France Cros et François Misser, André Versaille éditeur, 240 p, Bruxelles, mai 2010