11 janvier 2006 2006

Sarayaku miné et déminé

En 2003, plus de 600 ouvriers d’une compagnie pétrolière, protégés par 400 militaires, ont envahi illégalement le territoire de Sarayaku, dans l’Amazonie equatorienne. Il avait fallu plusieurs mois d’une lutte acharnée, pacifique et non-violente des communautés indiennes pour réussir à mettre, à la surprise générale, ces hommes dehors.

Il fallut alors un certain temps pour réaliser que ces ouvriers, pendant ces mois d’occupation, avaient procédé au minage sous-terrain du territoire de Sarayaku afin de réaliser une vaste exploration sismique. Ce qui signifie que des centaines de charges de quatre kilos de dynamite sont aujourd’hui enfouies à 20 mètres de profondeur. C’est plus de 1400 kilos d’explosifs qui sont aujourd’hui sous les pieds des habitants de Sarayaku !

Cette masse d’explosifs serait suffisante pour faire exploser une ville comme Quito ou Paris. Et ces explosifs resteront actifs pendant vingt ans, pouvant éclater suite à un orage ou un dérangement par des animaux… Dans la conception des indiens Kichwas, la mise à feu de ces explosifs représente la fin de toute vie, la destruction de leur lien ancestral avec la nature, la fin de leur culture et de leur mode de vie. Il était moins une…

L’Etat equatorien condamné

Retournement de situation. Les indiens de Sarayaku, soutenus par des ONG spécialisées en protection juridique, attaquent l’Etat équatorien pour viol de sa constitution. Un long procès est en cours à la Cour interaméricaine des droits de l’homme, basée à Washington et au Costa-Rica.

En attendant l’issue de ce procès, les habitants de Sarayaku ont déjà obtenu la protection de leurs leaders, dont José Gualinga, en visite à présent en Belgique invité par l’association ardennaise Frontière de vie, qui étaient menacés d’arrestation immédiate…

Plus fort : La Cour a d’ores et déjà imposé à l’Etat equatorien de retirer à ses frais les 1400 kilos d’explosifs. Et comme Sarayaku a refusé de les faire exploser pour s’en débarrasser ou de polluer la terre pour les détruire chimiquement, il ne reste plus qu’une voie : les déterrer. Soit un an de travail pour 300 personnes, et au minimum deux millions de dollars de frais…