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Mise en ligne: 20 juin 2008

Le mouton à cinq pattes et les mots pour le dire

Trois axes traversent ce numéro d’Antipodes. Tout d’abord, un regard est porté sur les médias et leur traitement de la diversité sociale et culturelle, en particulier en Belgique et en France. La délicate question du traitement médiatique des faits divers et, notamment, de l’ethnicisation de ceux-ci, est aussi abordée, par le biais de deux études de cas, celui du meurtre du jeune Joe Van Holsbeeck et des « bandes » africaines à Bruxelles. Comment des tristes faits divers deviennent-ils des « affaires », voire des
« bulles médiatiques » ? Le dernier axe s’interroge sur la manière de nommer la diversité : avec une langue crue ou tempérée par la correction politique ?

Les faits divers, autrefois terreau de la presse régionale ou à sensation, gagnent du terrain dans les supports généralistes, nous dit Marc Lits, directeur de l’Observatoire du récit médiatique à l’Université catholique de Louvain. « Si on regarde les journaux télévisés, en France ou en Belgique sur les chaînes privées, on constate que les faits divers y tiennent une place importante. Et le succès est au rendez-vous en termes d’audience. Il sont attractifs car liés à la marchandisation de l’information, la mise en spectacle et l’émotion. Ils sont aussi l’objet de feuilletons plus longs qu’auparavant. On utilise les mêmes ficelles que la télé réalité : une petite dose distillée chaque jour ».

Fait divers, le terme suggere-t-il la diversité ? « Il n’existe qu’en français », enchaîne Marc Lits. « On y fourre tout ce qui relève du désordre, du dérapage, de la rupture sur le plan humain (infractions aux lois, crimes, délits) et naturel (tremblements de terre, inondations). Le bizarre (le mouton à cinq pattes, l’éléphant blanc) intègre aussi la rubrique » [1].

Les couches populaires, traditionnellement exclues des rubriques prestigieuses, la politique, l’économie, la culture, se retrouvent sur les pages consacrées aux faits divers. La base sociale ayant des origines diversifiées, il en sera aussi question dans la chronique policière. Avec quels mots et en faisant appel à quelles catégories la presse décrit cette diversité ? Certaines de ces catégories, créées ou recréées pour servir à ce propos, s’appuient sur une lecture ethniste des rapports sociaux et frôlent parfois ce que Pierre Tevenian appelle le « racisme métaphorique ». Les journalistes se prémunissent contre ces dérives. Leur carte déontologique et les recommandations de l’Association des journalistes professionnels les y encouragent.

Bonne lecture.

[1Metro, 26 mai 2008.