Fous de foot

Mise en ligne: 15 mars 2007

Le foot n’est pas thérapeutique en soi, il devient une thérapie lorsqu’il permet aux patients de s’insérer dans un contexte social commun, par Laura Lucchini

Sur le site de l’association italienne Matti per il calcio se trouve ce document, écrit par Laura Lucchini pour le journal El País, qui décrit une expérience singulière de traitement de la maladie mentale à travers le football :

Soigner la maladie mentale à travers le football, c’est l’idée révolutionnaire du psychiatre italien Mauro Raffaeli, initiative dont les extraordinaires résultats thérapeutiques ont mené à la création d’un championnat italien d’équipes de malades mentaux. Cette expérience est devenue un phénomène national en Italie grâce à Fous de foot, un documentaire dirigé par Volfango De Biaisi qui raconte l’histoire de l’une de ces équipes, Il Gabbiano de Roma, championne d’Italie en 2006.

C’est l’histoire de Carlo, un jeune ayant sombré dans la dépression et qui se bat maintenant contre elle en tant que capitaine de l’équipe. De Valerio, un garçon dont les rêves se sont un jour transformés en voix qui le poursuivaient, qui arrête maintenant des penalties comme gardien de but d’Il Gabbiano. De Mario, bomber Palomba, un très grand homme qui, au retour d’un voyage en Inde, à l’âge de 24 ans, est entré dans le tunnel de la dépression, et qui essaye maintenant d’en sortir en jouant comme attaquant. De Sandro, un ex policier des services spéciaux antiterroristes qui a vu un jour la réalité se dédoubler, et qui cet été a marqué le but qui a fait de son équipe la championne d’Italie. Et c’est aussi l’histoire de Lucca qui, après dix ans de foot-thérapie, a vaincu la dépression, a trouvé du travail, s’est marié et a eu deux filles, tout en continuant de jouer avec ses amis fous.
C’est une histoire de football : douze matchs du premier tour du championnat plus les play-off, joués en banlieue sur des terrains en terre battue irrégulièrement tracés où les buts tombent en pièces là où les filets sont troués. Des matchs où l’on se bat jusqu’au bout, sous la pluie, avec des coups, des blessures, des illusions et du désenchantement.

C’est aussi une histoire de vie dans laquelle on dresse un portrait délicat et profond de la maladie mentale. Entre un match et le suivant, les caméras de Volfango De Biais et de Francesco Trento (script) s’immiscent dans les maisons des joueurs ; ces derniers s’ouvrent et racontent ouvertement leur maladie et parlent de leurs peurs, de leur histoire, de leurs médicaments, de l’amour et du football.

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« Une grave souffrance mentale conduit la personne souffrante à un ambulatoire psychiatrique », explique Mario Raffaeli, psychiatre et entraîneur du club. « Là, on fait d’abord une intervention psychothérapeutique mais, souvent, cela ne suffit pas car la personne doit élaborer un deuil, un travail intérieur ». De là vient l’idée de mettre les malades face à un ennemi réel à travers le jeu. « Avoir un adversaire réel permet à la personne habituée à faire face à des ennemis imaginaires d’entrer sur le terrain et de se battre contre quelqu’un », explique Raffaeli.

« Le foot n’est pas thérapeutique en soi », précise le réalisateur De Biais, qui a autofinancé ce projet. Il devient une thérapie lorsqu’il permet aux patients de s’insérer dans un contexte social commun ; le foot étant en Italie le sport national, rien de mieux pour l’intégration qu’un terrain de foot ».

Ce documentaire, édité en Italie avec un livre
publié par Valter Casini Editore, a reçu le prix « L’autre football » à Milan. Des extraits sont visibles ici

Traduit de l’espagnol