W, comme Wikipedia / 2

Mise en ligne: 15 mars 2013

I, comme inclusive et interactive ?, par Livia Apa

Wikipédia : Projet d’encyclopédie libre, multilingue, collaboratif et établi sur internet. Le mot provient d’une combinaison de « wiki » (technologie pour créer des sites collaboratifs, à partir du mot hawaïen « wiki », qui signifie rapide ») et « encyclopédie ».

Avec la naissance de Wikipédia, le 15 janvier 2001, projet pensé comme un complément de Nupédia (basé également sur la libre circulation et élaboration d’informations, mais dont les auteurs étaient des chercheurs dans différents domaines), quelque chose a changé à jamais dans le monde de la diffusion du contenu et la circulation des connaissances.

Aujourd’hui, à travers l’action de Wikimedia Foundation, Wikipédia s’est multiplié en divers projets complémentaires qui prétendent cibler des publics différents, en spécialisant les types d’information en sous-projets comme par exemple Wiktionnaire, Wikibooks, Wikisource, Wikispecies, Wikiquote, Wikinews, Wikiversité.

Je me souviens que, enfant, j’avais un grand rêve : avoir la dénommée Enciclopedia dei Ragazzi. Dans la maison où j’ai grandi, remplie de livres, de dictionnaires et de papiers, il y avait seulement une encyclopédie, énorme, en plusieurs volumes, qui a grandi d’année en année, presque en même temps que moi. C’était le mythique Treccani. Je me sentais frustrée devant ce véritable monument d’informations auquel, en pratique, je n’avais pas accès parce que tout avait été conçu pour un utilisateur adulte, capable de faire des liens entre les entrées et les thèmes, et surtout capable de comprendre un langage scientifique. Je n’ai finalement jamais reçu la fameuse Enciclopedia dei Ragazzi, mais j’ai par contre appris à rechercher des informations sur le monumental Treccani . De nos jours, même en n’étant pas une « native du numérique », pour n’importe quel doute, je vais voir sur internet. En effet, je vais sur Wikipédia à chaque fois que j’ai besoin de vérifier une date, l’orthographe du nom d’un auteur particulier, ou d’avoir un aperçu d’un concept ou d’un sujet plus spécifique.

Aujourd’hui, comme beaucoup d’autres personnes, je peux me faire une idée de n’importe quel sujet, en jetant un rapide coup d’œil sur mon ordinateur. Mais il me semble que le point central de cette question, quand on parle de l’accès au savoir globalisé, est le suivant : je peux aller sur Wikipédia et sur internet en général, comme beaucoup d’autres, mais pas comme tous les autres, parce que, malgré la mondialisation et malgré tous les efforts qui se font, le numérique nous divise, existe et vit avec nous. Cela passe par une inégalité d’accès à l’information non seulement due à la différence de compétences entre les utilisateurs pour décoder l’information, mais aussi due à la possibilité matérielle d’avoir un ordinateur à disposition, sans parler d’un smartphone ou d’une tablette.

L’enjeu qui se pose est donc celui d’avoir ou non des facilités d’accès au réseau. Cette condition est, dans de nombreux endroits de notre planète globalisée mais en même temps fragmentée en frontières qui ne sont pas seulement géographiques, encore une utopie pour la plupart des citoyens, même dans les zones urbaines pour une grande partie de la population.

Souvent, même si l’on a accès à un réseau, il s’agit d’un accès limité aux lieux publics, presque collectif, ce qui crée une approche de l’utilisateur beaucoup moins personnelle et plus orientée vers le relationnel, pour la communication immédiate ou la recherche ponctuelle de l’une ou l’autre information. Dès lors, il est peut être utile de repenser une nouvelle approche dans ces plateformes, qui ne prive personne de l’accès au savoir. Ainsi, il existe de nombreux projets qui essaient d’inclure autant que possible les dénommés « savoirs autres », c’est-à-dire, non seulement les notions, mais aussi le système de pratiques culturelles et discursives de ceux qui produisent ces connaissances. Mais comment penser des stratégies d’intégration de ce type alors que la question de l’accès à l’information pour tous est toujours d’actualité ? Il existe de nombreux projets sans doute pionniers qui vont dans cette direction et qui tentent de repenser et démocratiser le savoir. Wikipédia, en tant que plateforme de connaissances (la cinquième la plus importante de par son nombre d’utilisateurs), qui se définit par ailleurs comme étant « libre et collaborative » en promouvant des projets thématiques et des lieux de discussion, de par sa transdisciplinarité et son multilinguisme (280 langues, bien sûr pas toutes représentées avec le même nombre d’entrées), n’a pas cessé d’étendre sa plateforme dans le monde.

Un exemple parmi d’autres est le projet Wikiafrica qui, depuis 2011, s’est associé avec le Centre africain de la ville de Cape Town. Ce projet, né de la fusion entre la fondation Wikimedia Italia Associazione et Lettera27, a pour mission de soutenir le droit à l’alphabétisation, à l’éducation et plus généralement à promouvoir l’accès aux connaissances, en particulier dans les régions défavorisées du monde. Dans cette perspective, Wikiafrica a également pour objectif de parvenir à augmenter le nombre d’entrées pour le continent africain, et surtout de rendre ces statistiques plus fiables, en voulant atteindre le seuil de 30 mille d’ici la fin de l’année 2012.

Un projet de ce type, basé sur l’esprit dans lequel a été créée la plateforme Wikipédia, révèle la prise de conscience que le réseau constitue un progrès, mais peut aussi devenir à plus long terme un élément d’exclusion, pouvant entraîner la perte progressive de l’accès dans certaines zones à la pleine citoyenneté, à un niveau à la fois local et mondial. Un projet de ce type se propose aussi comme un instrument pour l’éducation au développement. Ainsi, l’objectif est que Wikipédia étende le concept de plateforme de connaissances pour proposer également un espace de création de réseaux et de partenariats avec des institutions publiques et privées, tels que des festivals ou salons du livre, et vise à promouvoir le cinéma, la littérature, les documentaires produits en Afrique et dans des contextes de migration et de diaspora, afin de récupérer des connaissances locales menacées de disparition.

Encore un lieu commun : peut-être est-il nécessaire de rappeler qu’internet est un réseau, c’est-à-dire la possibilité de travailler ensemble dans des réalités différentes, en imaginant des projets qui puissent tenir compte non seulement des producteurs de cet univers de savoirs, mais aussi de l’horizon culturel au sein duquel ceux-ci vont germer, ce que l’on nomme « l’utilisateur final ». Il serait désirable qu’une logique inclusive comme celle de Wikipédia puisse promouvoir une participation la plus active possible. La visibilité des dits « savoirs autres » n’est pas représentative si l’on ne prend pas en compte une possibilité de reproduction de ces mêmes savoirs. Pour leur donner de la visibilité, du corps, une existence dans le rapport avec la connaissance que toute mondialisation engendre, il me semble qu’il s’agit d’un premier pas qui ne peut passer à côté d’une synergie entre celui qui redonne de la visibilité (im)matérielle à des contenus déterminés et la base qui les a produit à l’origine. Sans cela, je pense que l’étiquette de « contributions africaines et locales », si courante dans les pages de présentation de Wikiafrica, prend le risque sérieux de se limiter à évoquer un vide immense dans lequel ne rentreront jamais de nouvelles logiques et épistémologies.

Il peut être utile de rappeler qu’internet, en tant que dépositaire d’idées et de connaissances, est également un fichier et, à ce titre, la façon dont il organise ses entrées et descriptions s’avèrent être, à leur tour, une organisation narrative et discursive qui ne peut ignorer la place de l’énonciation. Dès le moment où l’on prend cela en compte, nous pouvons parler d’un dialogue fructueux entre les différents mondes qui peuvent travailler pour obtenir le même pied d’égalité dans la hiérarchie complexe de la connaissance mondiale. Par conséquent, l’inclusion de certains contenus et la façon dont se décline (la grammaire de) l’organisation peut favoriser l’existence d’autres pratiques, participant également à un dialogue renouvelé entre les mondes. Tout cela pour qu’il y ait de moins en moins de gens devant apprendre l’alphabet dans un langage qui leur est totalement étranger, et ainsi appliquer et pratiquer un parcours complexe de traduction de leur propre patrimoine de connaissances qui ne se trouve pas toujours sur un même pied d’égalité entre les différents sujets qui y participent.