La guerre dans la guerre

Mise en ligne: 16 mars 2010

Les violences faites aux femmes font dire
à Amnesty qu’au Congo,
c’est le 11 septembre tous les jours, par Antonio de la Fuente

La guerre au Congo a été d’une violence extrême envers la population civile. Au point qu’être fusillé était considéré par les gens comme une chance. Ils sont nombreux ceux qui ont du creuser leur propre tombe pour y être enterrés vivants.

Une affiche d’Amnesty International où l’on voit les tours jumelles en feu résume le mieux la situation : Au Congo, c’est le 11 septembre 2001 tous les jours. Commencé dans les années nonante cette hécatombe a fait plus cinq millions de morts et deux millions et demi de déplacés dans l’Est du Congo.

Aussi, la situation au Congo est spécifique de par l’ampleur et la nature de la violence subie par les femmes, affirme Venantie Bisimwa Nabintu, sociologue active à Bukavu, de passage en Belgique pour recevoir le Doctorat honoris causa à l’UCL.

A la discrimination traditionnelle envers les femmes s’est ajouté à présent la violence comme arme de guerre. Cette violence a son origine dans l’importation des conflits et des méthodes des pays voisins, vu que le Congo a été envahi à plusieurs reprises par des troupes étrangères. Avant ces conflits, il y avait des viols et ils étaient condamnés par des voies traditionnelles.

C’est à partir de 1999 que les viols sont devenus systématiques. Et ce ne sont pas de viols commis uniquement pour assouvir une pulsion sexuelle, mais c’est l’application des violences aux femmes comme arme de guerre.

« Attachée à un arbre les yeux bandés, j’écoutais impuissante, la peur dans le ventre, les pleurs et cris de détresse de ma sœur pendant que des hommes en armes la violaient » raconte une rescapée.

Ces formes de violence sont indescriptibles, des viols collectifs devant les enfants, des femmes enterrées vivantes, des femmes enceintes piétinées. Au point qu’on en arrive à se demander : est-ce bien vrai ? Les femmes ont été abandonnées à leur sort, tous les standards internationaux de protection aux femmes étaient inexistants.

La Coalition contre les violences faites aux femmes a été créée en 2000 par une centaine d’associations locales de l’Est du Congo. L’ONG internationale Human Right Watch a commencé a relayer l’information. Une loi visant à la répression de la violence sexuelle envers les femmes a été dictée, qui protège les femmes sur le papier mais qui, sur le terrain, est difficilement applicable.

Face à ce drame, la réponse humanitaire ne suffit pas. Cela touche la cohésion sociale, le déséquilibre s’installe sur tous les plans, démographique, productif, familiale. La population est groggy. La réponse devrait être aussi complexe et multidimensionnelle que le problème.

L’opinion publique internationale commence à être informée de la situation des femmes dans l’Est du Congo, la mobilisation tarde néanmoins à se produire. L’impunité a été consacrée dans le Dialogue intercongolais et les tribunaux internationaux sont réticents à se saisir de ce drame.

Ce sont les femmes elles-mêmes les plus actives dans la dénonciation : la Marche mondiale des femmes a élu en cette année 2010 comme point d’arrivée la ville de Bukavu. Sa devise en dit long sur leur démarche : Tant que des femmes seront victimes des violences, d’autres femmes seront en marche.