Présentation

Mise en ligne: 14 octobre 2021

Ce numéro d’Antipodes débute par des propos très percutants de Françoise Vergès sur le féminisme décolonial ; ces propos ont été recueillis par Rachida Kabbouri et Joris De Beer. Tout au long de cet entretien, Françoise Vergès analyse la situation actuelle au regard du passé esclavagiste et de cette colonialité bien présente dans toutes les structures de sociétés européennes. Elle est critique par rapport au féminisme civilisationnel, occidental et bourgeois, qui se donne comme rôle d’émanciper les femmes racisées. En effet, elle critique le fait que, dans sa lecture de ce type de féminisme, il faut sauver du patriarcat les femmes du Sud ainsi que celles issues des minorités au Nord. Cet article nous invite à nous questionner, à lutter contre nos propres représentations et à nous décentrer afin de prendre conscience de nos automatismes.

Kareem El Hidjaazi, auteur du livre « Nègres & islamistes, les convergences d’une lutte culturelle » poursuit ce numéro par un article sur le mouvement révolutionnaire de libération afro-américaine : les Blacks Panthers. En 1962, l’Algérie ouvre ses portes aux damnés de la terre et offre son soutien aux groupes de libération présents à travers le monde, Alger devient l’épicentre des mouvements anti-impérialiste. L’auteur nous invite à découvrir un pan de l’histoire méconnu, le lien entre le parti des Blacks Panthers et l’Algérie riche d’une expérience révolutionnaire et anticolonialiste. Tout au long de cet article, Kareem El Hidjaazi met en évidence les soutiens et la solidarité entre différents mouvements pour qu’une convergence des luttes soit possible.

David Jamar nous invite ensuite à lire un récit poignant relatant la mort de Moïse Lamine Bangoura suite à une intervention policière musclée. En effet, sous le couvert de l’application d’une décision de justice, les forces de l’ordre sont venues expulser ce jeune homme de 27 ans qui décèdera peu de temps après. Cet article nous mène dans les coulisses de la Chambre des Mises en accusation qui classera cette affaire suite au jugement d’un non-lieu.

Vu de Flandre , qu’est donc et ou en est le décolonial ? Nadia Nsayi, fille de la décolonisation dans un sens qu’elle explicite, nous livre sa version dans un entretien accordé à Joris De Beer. Elle nous raconte son parcours personnel en tant que Belgo-congolaise en Flandre et son engagement décolonial. Lors d’un voyage au Sénégal, elle constate de nombreuses inégalités qui la poussent à s’intéresser au passé colonial de la Belgique. Elle partage également sa participation et son engagement dans le projet « 100 x Congo » à Anvers, une exposition qui retrace un siècle d’art congolais et qui vise à susciter chez le visiteur une analyse critique de la colonisation et de ses conséquences.

Le mouvement décolonial en semble à ses débuts en Flandre. S’en suit un article de Aymar Nyenyezi Bisoka, où l’auteur partage son analyse sur la pensée afro-critique et la question décoloniale. Il paraît aujourd’hui urgent de contribuer à la compréhension et la vulgarisation du concept du décolonial en partant de ce point de vue afro-critique amené par l’auteur, contrepoint intéressant et très riche par rapport aux voix du Nord que l’on entend trop souvent.

Sihame Fattah nous concocte ensuite la rubrique « Itecollage », reprenant divers échanges et débats sur les réseaux sociaux, qui touchent à beaucoup de questions de société abordées par ITECO et liées au décolonial.

Avant de clôturer ce numéro, Jean-Claude Mullens nous propose un récit né de deux rencontres avec des militants décoloniaux issus de diasporas africaines : Véronique Clette-Gakuba, Doum Memdé, François Makanga, de la cinéaste Monique Mbeka Phoba et de l’activiste Nordine Saïdi. Entre actes racistes, violences policières et discriminations au quotidien, c’est des questions fondamentales de la décolonisation qu’ils/elles nous posent. Pour y faire face, le groupe avance/formule toute une série de propositions d’actions importantes et urgentes à mettre en œuvre pour construire et renforcer les communautés des Afro-descendants en Belgique.

Ce numéro se clôture par un texte sous forme de carte blanche collective publiée ici et là suite aux propos outrageants tenus par Herman De Croo et Étienne Davignon sur la colonisation et les diasporas africaines ; ce texte est suivi par la réaction du Centre belge de référence pour l’expertise sur l’Afrique centrale (CREAC), pour lequel est actif Herman De Croo en tant que Président du Conseil d’administration.