Croissance et décroissance lors de l’Assemblée générale d’ITECO

Mise en ligne: 16 janvier 2008

L’Assemblée générale d’ITECO s’est tenue le 19 novembre 2007. Le thème abordé a été la croissance et la décroissance en matière de développement, par Xavier Guigue

Les participants ont tout d’abord vu des extraits du film documentaire Simplicité volontaire et décroissance, de Jean-Claude Ducourt (juillet 2007), portant sur le constat de la croissance, le positionnement de la décroissance vis à vis du capitalisme et du développement durable et enfin les modes d’action possibles.

Le débat a montré très clairement les différentes approches des questions autour de la décroissance : selon la place que l’on accorde à l’écologie, aux rapports Nord Sud, aux luttes sociales...

Le modèle, à l’Est comme à l’Ouest, tout au long du XX siècle a été « productiviste », dans la foulée des philosophies du progrés consacrant l’homme « maître de la nature ». La fin des années soixante a vu la remise en cause de la société de consommation, mais la contestation est restée à la marge et les questions liées à l’environnement ont été niées ou mises entre parenthèse.

Aujourd’hui le changement climatique est le sujet majeur et avec lui le risque d’une dérive nouvelle : parce qu’il est majeur, et parce que le pouvoir et les richesses sont là où elles sont. Ainsi, aujourd’hui les populations les plus fragiles sont en passe de payer au prix fort les conséquences écologiques de ceux qui ont été responsables de ces conséquences. Dans le même temps, les pays les moins énergivores par habitant se voient limiter dans ce qui a été la source de la croissance des pays riches pour limiter les gaz à effet de serre dans l’atmosphère : nouvelle forme d’une archéodomination du Nord sur le Sud ! Et le pire c’est que ces pays ne peuvent sans doute pas se payer le luxe de faire comme l’Europe ou les Etats-Unis sous peine effectivement d’en crever eux-mêmes : les pays de l’OCDE ont transféré la crise écologique sur l’ensemble de la planète avec un décalage dans le temps d’un demi siècle. L’Inde ou la Chine ne peuvent plus réaliser ce transfert.

Si on voit enfin aujourd’hui les limites écologiques de notre planète, ce nouveau discours a tendance à nous aveugler sur des limites tout aussi inacceptables et pourtant franchies en permanence : là où femmes et hommes sont exploitées, où l’injustice dominent... Les désordres climatiques sont utilisés pour cacher ou nous faire oublier des inégalités criantes. Pourtant combattre les injustices et agir face à la dégradation de l’environnement ne sont pas antinomiques. Cela nécessite l’analyse de la complexité des interrelations, le décorticage des responsabilités et un continuum qui articule l’engagement individuel, l’action locale et la mobilisation collective et politique.

Et cette mobilisation doit être à la hauteur de la récupération capitaliste : agrocarburants, produits bio toujours plus propres, voiture qui rime avec nature... le changement climatique est une bonne affaire pour beaucoup. Pour sortir de ces dérives, les actions à construire à nombreuses :

- La reconstruction de nos imaginaires : pourquoi rêve t-on d’exotisme ? Que veut-on fuir ? le discours des ONG ne renforce t-il pas cet attirance vers le sud mythique ?

- Ce que l’on met dans la croissance ou le développement : plus de justice sociale, de démocratie, de solidarité collective, de culture, d’accès à des conditions de vie humaine ou plus de 4x4 ?

- La mobilisation autour de la critique du consumérisme, du comportement des consommateurs des produits de... consommation, objets désirés qu’une frustration abolie transforme en réalité immédiate.

- La mobilisation autour d’un système de production et de mise en marché qui exploite et qui crée des gagnants et des perdants.

Le chantier est vaste, il y a urgence... Au boulot !