La parabole du vieil évaluateur

Mise en ligne: 6 avril 2006

Si on ne met pas les gros cailloux en premier lieu dans le pot, on ne pourra
jamais les faire entrer tous ensuite, par Antonio de la Fuente

Un vieil évaluateur doit donner en une heure une formation sur la planification efficace [1]. Du dessous de la table le séparant des participants à la formation, le vieil évaluateur sort un pot de verre qu’il pose en face de lui. Ensuite, il sort une douzaine de cailloux et les place délicatement un par un dans le pot. Lorsque le pot est rempli jusqu’au bord, il lève les yeux vers les participants et leur demande :

« Est-ce que ce pot est plein ? »

Tous en choeur, les participants répondent : « Oui ». Il attend quelques
secondes et ajoute : « Vraiment ? ». Alors, il sort de sous la table un
récipient rempli de gravier. Il le verse et puis secoue doucement le pot pour que les morceaux de gravier puissent s’infiltrer entre les cailloux jusqu’au fond du pot. Le vieil évaluateur lève à nouveau les yeux vers son auditoire et redemande :

« Est-ce que ce pot est plein ? »

Cette fois, les participants commencent à comprendre son manège. L’un d’eux répond : « Probablement pas ! ». « Bien », répond le vieil évaluateur et sort de sous la table un récipient de sable et verse le contenu. Puis secoue à nouveau doucement le pot de manière à ce que le sable remplisse les espaces entre les gros cailloux et le gravier. Encore une fois il demande : « Est-ce que ce pot est plein ? ».

Cette fois, sans hésiter, les participants répondent : « Non ! ».

« Bien », répond le vieil évaluateur. Et comme s’y attendaient les
participants, il prend le pichet d’eau qui était sur la table et remplit le pot jusqu’à ras bord. Le vieil évaluateur lève alors les yeux vers son
groupe et dit :

« La grande vérité que nous montre cette expérience est la suivante : si
on ne met pas les gros cailloux en premier lieu dans le pot, on ne pourra
jamais les faire entrer tous ensuite ».

Sous une allure de parabole orientale, cette anecdote couvre une apologie de la planification rationnelle et de l’évaluation. Polysémique, ouverte à
plusieurs interprétations, elle peut nous permettre de nous demander quels
sont nos cailloux prioritaires, quel est le menu gravier et notre sable fin.

Dans l’action sociale pour le développement et dans la pédagogie d’adultes, au croisement desquelles se situe la pratique d’ITECO, l’évaluation n’a pas toujours eu bonne presse. Souvent trop d’énergie a été dépensée à démontrer que l’on travaille, plutôt qu’à travailler pour démontrer, selon la formule consacrée. Du côté de la pédagogie, ce n’est guère mieux. Nous avons tous été à l’école et savons combien évaluation y rime avec sanction.

Avec la volonté de bien faire et les moyens pour y parvenir, nous pourrions néanmoins dépasser le cadre de l’évaluation-sanction et approcher celui de
l’évaluation-valorisation, selon le voeu exprimé par Thierry De Smedt. C’est le propos d’ITECO. Pour bien distinguer, comme le vieil évaluateur de la parabole, gros cailloux, menu gravier et sable fin.

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[1Une variante de cette parabole a circulé de manière anonyme sur internet.