ABCdaire de l’évaluation

Mise en ligne: 5 août 2015

Evaluer c’est faire une appréciation sur l’efficacité, l’efficience, l’impact, la pertinence et la viabilité, ainsi que sur la conception, la réalisation et les résultats d’un projet, par Míchel Sabalza

Evaluer consiste à faire une appréciation, de la manière la plus objective et systématique possible, sur l’efficacité, l’efficience, l’impact, la pertinence et la viabilité, ainsi que sur la conception, la réalisation et les résultats d’un projet, programme ou ensemble de lignes d’action, au moment de sa conclusion.

L’évaluation, soit dans le cadre de la gestion du cycle du projet (programmation, identification, instruction, financement, exécution, évaluation) ou en dehors de celle-ci, remplit deux fonctions de base : a) c’est un instrument d’apprentissage pour améliorer des projets futurs, des programmes ou des politiques de coopération pour le développement, et b) c’est un instrument pour la diffusion des activités développées parmi les autorités et la population en général.

L’évaluation est à distinguer du suivi, en ce sens que toutes les activités d’une évaluation sont orientées vers l’établissement de jugements, de conclusions et de recommandations par rapport à un projet. Elle comporte, dès lors, une dose de subjectivité. Au contraire, la fonction de suivi se limite au constat du degré d’accomplissement des résultats et des objectifs prévus dans un projet. Cette différence souligne le caractère plus didactique de l’évaluation par rapport au suivi qui se rapproche lui davantage des instruments de gestion.

En fonction du moment dans lequel elle a lieu, on peut distinguer trois types d’évaluation :

  • Ex ante, préalable au début de l’exécution d’un projet, utile pour déterminer la convenance d’initier un projet ou se désister.
  • Continuelle, tout au long de l’exécution du projet, utile pour garantir la bonne ténue du travail ou, si tel n’est pas le cas, pour prendre les mesures de correction qui semblent opportunes.
  • Ex post, une fois le projet fini, lorsqu’un ou deux ans après la conclusion du projet il s’agira de voir quelle est la situation atteinte et quels sont les différents facteurs qui peuvent expliquer cet état de fait. On peut tirer des conclusions très utiles de ce type d’évaluation pour planifier des interventions dans le futur.

En fonction de l’auteur de l’évaluation, on peut distinguer encore deux autres types d’évaluation :

  • Auto-évaluation, dans laquelle la participation de la communauté bénéficiaire a un rôle central dans la décision de ce qu’on va évaluer et comment on va évaluer. De même, ceux qui vont mener à bien l’évaluation sont des membres de la communauté bénéficiaire elle-même. Parmi les avantages de cette modalité d’évaluation, il faut souligner la facilité avec laquelle la communauté va s’approprier les résultats de l’évaluation, ainsi que l’exhaustivité dans l’analyse des faits qui intéressent vraiment la population. Parmi ses inconvénients, il faut noter que l’objectivité de l’évaluation n’est pas entièrement assurée dans la mesure où les exécutants de l’évaluation sont une partie intéressée dans le projet.
  • Evaluation externe, réalisée par une personne compétente en matière de techniques d’évaluation, qui n’a pas participé à l’identification, à la formulation ni à l’exécution du projet. Normalement l’évaluation est commandée par l’entité qui a financé le projet ou pour celle qui l’a exécuté. Il s’agit de garantir l’objectivité des analyses et des recommandations ainsi que de concentrer l’attention sur les aspects les plus intéressants du projet. Parmi ses inconvénients, il faut citer le peu de temps dont on dispose habituellement pour faire ce genre d’évaluation, ce qui rend difficile l’approfondissement d’aspects qui peuvent être importants, de même que le fait que la communauté bénéficiaire peut avoir du mal à comprendre et à mettre en œuvre les conclusions et les recommandations de l’évaluation. Avant de commencer le processus d’évaluation il faut que ses commanditaires rédigent les termes de référence de celle-ci. Pour la rédaction de ceux-ci, le format de base suivant est proposé dans le cadre de la démarche de gestion du cycle du projet : 1. Introduction : Explicitation des raisons qui donnent lieu à l’évaluation. 2. Objectifs de l’étude : Si dans le point 1 il s’agit d’exposer les raisons pour lesquelles l’étude est faite, dans ce point-ci il s’agit de décrire les buts poursuivis par l’étude. 3. Antécédents et contexte du projet à évaluer : Description des origines, des objectifs, des résultats, de la stratégie et de tout ce qui peut permettre de caractériser le projet. 4. Questions qui doivent être abordées : Identification des points qui revêtent une importance particulière pour l’entité qui commande l’évaluation, et qui seront donc importants aussi pour celui qui réalise l’étude. 5. Plan de travail : Suggestion d’une méthodologie de travail, dénombrement des entités les plus importantes par rapport au projet et énumération des phases dans lesquelles l’évaluation sera divisée. Normalement, ces phases sont : a) étude de la documentation qui décrit la vie du projet ; b) visite et entretiens sur le terrain et c) rédaction, présentation et discussion du rapport d’évaluation. 6. Expérience requise : Description du profil professionnel de la personne ou des personnes qui vont mener à bien l’évaluation et, dans le cas où il s’agirait d’une équipe, détermination de la personne qui en sera le responsable. 7. Rapport : Détermination du contenu minimal du rapport (un brouillon du sommaire), de son extension maximale, de la langue dans laquelle il sera rédigé, de combien de copies on en fera et à qui elles seront distribuées. 8. Durée de l’étude : Délai limite pour la présentation des rapports d’évaluation.

Sur base des informations incluses dans les termes de référence et en connaissant le budget maximal assigné pour la réalisation du travail, les personnes intéressées vont envoyer une proposition détaillée à l’entité qui commande l’évaluation et qui va sélectionner celle qui lui conviendra davantage.

Pour ce qui est des modèles d’évaluation, le suivant, divisé en cinq dimensions et en différents facteurs de développement, est le plus couramment d’usage car il a été adopté par de multiples agences de coopération.

Les dimensions d’un projet

Ces dimensions sont des aspects qui de manière systématique doivent être pris en compte dans toute évaluation bien que, selon le type de projet évalué, certaines auront plus d’importance que d’autres. Ces dimensions sont :

a) L’efficience : Il s’agit de mettre en rapport les résultats obtenus et les coûts encourus pour obtenir ces résultats et comparer les options retenues par le projet avec d’autres options possibles. La plus grande difficulté de l’analyse en termes d’efficience est d’identifier d’autres coûts (des inputs utilisés ou d’autres similaires) qui puissent servir de référence pour établir des comparaisons.

b) L’efficacité : Constater à quel point l’objectif spécifique du projet, d’après les résultats obtenus, a été atteint. Dans ce dessein, il faut que l’objectif spécifique et les résultats soient formulés avec précision de même que les indicateurs qui y sont associés.

c) L’impact : Faire l’analyse des conséquences, positives et négatives, prévues et non prévues, que le projet a rencontrées dans les différentes dimensions de l’environnement touché par le projet. L’examen de cette dimension-ci pose habituellement des difficultés et est exigeant en matière de temps. Ces difficultés résultent du fait que le public touché vit au rythme de dynamiques internes et externes, souvent complexes, bien avant de commencer le projet. Dans ces conditions il est difficile et même risqué d’attribuer au projet à évaluer la responsabilité des nouvelles situations qui ont pu apparaître au-delà des changements déclenchés par le projet lui-même.

d) La pertinence : Pour déterminer la pertinence d’un projet il faut porter des interrogations dans deux directions. Est-ce le meilleur des projets à réaliser ? Ses objectifs sont-ils bien identifiés ? Et, à l’avenir, à la lumière de la situation rencontrée, est-il judicieux de maintenir, de modifier ou d’abandonner la ligne de travail tracée ? Pour juger de la pertinence d’un projet, il est nécessaire d’avoir une connaissance approfondie des contextes dans lesquels celui-ci évolue.

e) La viabilité : La viabilité répond toujours à la même question. A t-on rencontré les conditions pour que les acquis du projet puissent être soutenus à l’avenir sans appui extérieur ? La réponse à cette question impose la prise en considération de tous les éléments et aspects inhérents au projet évalué et va dépendre d’une variété de facteurs difficile à systématiser (…).

Si nous observons ces différentes définitions, nous pouvons vérifier qu’elles sont en étroit rapport avec la colonne de la logique d’intervention de la grille de planification du projet dans l’optique du cadre logique. Les différentes parties de cette colonne (en plus de celle qui correspond aux inputs) sont représentées dans le tableau ci-dessous :

L’efficience met en rapport les moyens employés par le projet avec les résultats obtenus.

L’efficacité fixe son attention sur l’obtention de l’objectif spécifique en regard des résultats atteints. L’examen de l’impact nous oblige à nous placer dans les niveaux supérieurs de l’intervention, en analysant les effets plus généraux du projet.

La pertinence tient compte des effets du projet (en dehors des activités ou des moyens employés), en s’interrogeant sur l’opportunité de l’intervention et sur les lignes du travail futur à la lumière de la situation atteinte. La viabilité analyse les possibilités de que le projet soit poursuivi dans le futur sans aide extérieure, en tenant compte de tous les éléments qui l’intègrent (…).

Ce texte est extrait du Diccionario
de acción humanitaria y
cooperación al desarrollo, publié,
sous la direction de Karlos Pérez de
Armiño, par Icaria et Hegoa en
2000
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