Présentation

Mise en ligne: 21 novembre 2008

Nombre de jeux se sont inspirés du Jeu des chaises, créé par ITECO il y a une vingtaine d’années, et nous ne comptons plus les versions qui circulent de main en main et sur la toile. Il était donc temps de présenter une nouvelle version actualisée et complétée de ce jeu simple à animer et riche en apprentissages, par Antonio de la Fuente

« Les jeux de mise en situation permettent à un groupe de vivre une situation qui simule certains aspects de la réalité sociale », explique Michel Elias, animateur chevronné qui a travaillé longtemps à ITECO et est à l’origine de la création du Jeu des chaises. « Ce type d’exercice permet à un groupe un accès à la connaissance qui soit non livresque mais, au contraire, créative et vécue. Le groupe découvre en les vivant certains aspects du réel social. L’apprentissage par le jeu concrétise des options pédagogiques qui consistent à privilégier les méthodes actives, les processus inductifs et la dynamique de groupe. La pédagogie du jeu requiert que les participants soient prêts à sortir d’un rôle d’écoute passive et de consommation, à faire appel à leur propre expérience et à construire eux-mêmes et avec les autres un savoir issu de l’expérience et de l’action ».

« Les jeux de transmission cognitive sont des jeux qui permettent de matérialiser visuellement des notions abstraites » poursuit Michel Elias. « Par exemple, la répartition de la population, de la richesse et de la dépense d’énergie par continents à travers le jeu des chaises. Population, richesse et énergie sont symbolisées par des objets qu’on répartit dans l’espace de la salle, espace divisé symboliquement en continents. Ce jeu permet de sentir physiquement des réalités souvent très abstraites, on voit ce que représente des chiffres astronomiques, les réalités deviennent plus palpables ».

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Ce Jeu des chaises, créé par ITECO il y a une vingtaine d’années, a su évoluer tout en restant le même, simple à animer et riche en apprentissages pour celles et ceux qui le jouent. Nombre de jeux s’en sont inspirés et nous ne comptons plus les versions qui circulent de main en main et sur la toile. Il était donc temps pour ITECO de présenter une nouvelle version actualisée et complétée du jeu publié précédemment en 1997 et 2004. Cette nouvelle version, outre l’actualisation des chiffres suivant les dernières données disponibles, présente les inégalités environnementales sous l’angle du concept d’empreinte écologique, développé par le WWF notamment. Corinne Mommen et Chafik Allal, qui ont œuvré à la mise à jour du jeu expliquent dans un texte les difficultés et les potentialités associées à cette nouvelle version.

ITECO a voulu y associer aussi une réflexion plus large sur les jeux et exercices pédagogiques en tant que métaphores destinées à nommer des notions abstraites, à travers un article de Gérard Pirotton, écrit expressément pour cette édition. Et quelques jeux inspirés par le jeu de chaises qui proposent des développements utiles aux animateurs et aux groupes en formation.

Tout cela dans un cadre où le référent, l’inégalité de développement des sociétés, a évolué pendant ces dernières décennies et ne l’a pas toujours fait dans le sens d’une diminution des inégalités. Au contraire, à bien des égards :
Les disparités de revenus dans le monde sont considérables et se creusent, selon le rapport 2008 de l’Organisation mondiale du travail : « En dépit d’une forte croissance de l’économie mondiale qui a créé des millions d’emplois depuis le début des années nonante, les inégalités de revenus ont continué de se creuser de façon significative dans la plupart des régions du monde et devraient encore s’accroître du fait de la crise financière actuelle ».

Ainsi, note le rapport, « une majeure partie du coût de la crise économique et financière sera supportée par des centaines de millions de gens qui n’ont pas eu accès aux bénéfices de la récente croissance ».

L’étude relève que « si un certain degré d’inégalités de revenu peut être utile pour récompenser l’effort, le talent et l’innovation, de grandes disparités peuvent être contreproductives et dommageables pour la plupart des économies », ajoutant que « quand elle devient excessive, l’augmentation des inégalités de revenu représente un danger pour le corps social et porte préjudice à l’efficacité économique ».

Alors que l’emploi global a augmenté de 30% entre le début des années nonante et 2007, les écarts de revenu entre ménages riches et ménages pauvres se sont considérablement accrus dans le même temps, indique le rapport.

Qui plus est, en comparaison aux précédentes périodes d’expansion, les travailleurs ont obtenu une plus petite part des fruits de la croissance économique, la part des salaires dans le revenu national ayant décliné dans l’immense majorité des pays pour lesquels des données sont disponibles.

Parmi les conclusions du rapport :
• La croissance de l’emploi s’est accompagnée d’une redistribution des richesses au détriment du travail. Dans 51 des 73 pays pour lesquels des données sont disponibles, la part des salaires dans le revenu total a reculé au cours des vingt dernières années. Le plus fort déclin de la part des salaires dans le PIB s’est produit en Amérique latine et dans les Caraïbes (-13%), suivi par l’Asie et le Pacifique (-10%) et les économies développées (-9%).

• Dans les pays où existent des innovations financières non réglementées, les travailleurs et leur famille se sont endettés davantage afin de financer leur logement et leur consommation. C’est ce qui, en période de forte modération salariale, a permis de soutenir la demande intérieure. Cependant, la crise a mis à jour les limites de ce modèle de croissance.

• Entre 1990 et 2005, près des deux tiers des pays ont fait l’expérience d’une hausse des disparités de revenu. Le revenu total des ménages à hauts revenus s’est accru plus rapidement que celui des ménages à moyen et bas revenus.
• Au cours de la même période également, l’écart de revenu entre les 10% des salariés les mieux rémunérés et les 10% les moins bien payés a augmenté dans 70% des pays pour lesquels on dispose de données.

• Les disparités de revenu s’accentuent aussi – à un rythme accéléré – entre cadres dirigeants et employés moyens. Ainsi, en 2007, les dirigeants des 15 plus grandes entreprises américaines gagnaient en moyenne 520 fois le salaire moyen d’un employé, contre 360 fois en 2003. Des tendances semblables, bien qu’à partir de niveaux de rémunération des dirigeants inférieurs, ont été enregistrées en Australie, en Allemagne, à Hong-Kong, aux Pays-Bas et en Afrique du Sud.

Notant les prévisions de poursuite de la hausse des inégalités de revenu dans le contexte économique actuel, le rapport indique que des inégalités de revenu excessives pourraient être associées à des taux de criminalité accrus, une espérance de vie réduite et, dans le cas des pays pauvres, à la malnutrition et à une plus forte probabilité de voir les enfants privés d’école pour aller travailler.
Il est grand temps de se « jouer » des inégalités. Pour cela, il faut commencer par les cerner, les mettre en exergue, les expliquer. Et agir ensuite.

Bonne lecture.